Changer le système - Journal de Paul Hoarau N°172

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Encore une fois, cette semaine, les évènements du monde ne nous laissent pas indifférents. Ils nous concernent. Je pense en particulier à la pauvreté chronique à Madagascar et à la famine qui frappe nos cousins de ce pays. Au-delà de l'empathie, des aides d'urgence, des manifestations diverses de solidarité, une action politique de développement s'impose. Et  nous sommes concernés. La construction de la Communauté indianocéanienne est urgente. Mais ici, à La Réunion, d'autres problèmes cruciaux et urgents nous assaillent. 

Les problèmes urgents ne sont pas seulement internationaux. Ils sont aussi locaux. Les producteurs de fruits sont inquiets pour les exportations de fin d'année ; les éleveurs sont toujours dans l'attente d'un règlement satisfaisant des dommages dont ils ont été victimes ; à Saint-Joseph, les populations attendent que le maire les rencontre pour clarifier les informations sur les projets de Manapany ; les révoltés du 974 attendent que l'on répare moralement et concrètement les préjudices qu'ils ont subis ; et il y a la pandémie, l'incendie du Maïdo. Plus globalement, les feux rouges qui restent allumés depuis des décennies, continuent d'agresser les esprits : le chômage, l'illettrisme, la pauvreté, le mal logement. Tous ces problèmes doivent être traités, aujourd'hui, dans le cadre et avec les moyens du « système ».

Mais l'existence même d'un certain nombre de ces problèmes et leur durée ont montré que ce système n'est pas en mesure de les régler. Le désintéressement progressif et constant des électeurs témoigne de la conscience de cette impuissance. Il faut, bien sûr, changer le système.

Mais ce changement ne peut pas être l'affaire d'un parti, d'une chapelle, d'un homme. A l'occasion des prochains scrutins, il menace de devenir un enjeu électoral affiché. Dans cet esprit, des médias ont relancé l'agitation autour de l'autonomie. Ne nous embarquons pas dans cette agitation des passions et des peurs. Gardons la tête froide et prenons nos distances. Si nous nous embarquons dans cette agitation qui n'est qu'électorale, rien ne changera, c'est la réalité. La réforme pour changer le système doit être l'affaire de notre peuple dans sa totalité et dans sa diversité, ceux que le système a intégrés et ceux qu'il a exclus.

La question du statut politique, de surcroit, est particulière. Elle fait partie de tout un ensemble culturel, politique, économique. C'est cet ensemble qu'il faut changer, et c'est à notre peuple rassemblé et uni, de le définir. Une fois qu'il l'aura défini, il devra le négocier avec l’État, l'Europe, l'Indianocéanie et les pays des origines. Pour cela, il devra être, il devra exister, il devra agir. Et cela - notre identité, notre présence et notre action - devra être notre ambition de Réunionnais, qui que nous soyons.

La définition de cet ensemble - La Réunion - par notre peuple, qui a modestement commencé, comprend deux étapes.

  1. La première étape concerne la reconnaissance de notre identité, de notre existence et de notre responsabilité : qui nous sommes, nous existons et nous sommes responsables collectivement comme peuple. L'existence de notre peuple ne dépend pas de la reconnaissance. Il existe. Mais la reconnaissance sera la confirmation formelle de sa réalité. Nous devons l'obtenir. La reconnaissance de la diversité des peuples et des pays différents au sein de la République serait la sortie définitive de l'histoire coloniale française : de la France et ses colonies, de la France et l'outre-mer ; elle serait la naissance d'une République de pays français fraternels, égaux et libres. La Suisse a réglé ce problème de l'unité enracinée dans la diversité avec la Confédération helvétique, l'Allemagne, avec la République fédérale ; l'Angleterre, avec le Royaume-Uni ; l'Amérique, avec les Etats-Unis. Le génie français le règlera avec la République. Finie la France et son empire, finie la France et l'Outre-mer, vive la République française !

  2. La deuxième étape concernera nos références communes réunionnaises sur la gouvernance de l'île (une autorité politique locale démocratique et responsable) ; sur le développement de notre peuple (une économie réunionnaise par les Réunionnais et pour les Réunionnais) ; sur la formation de Réunionnaises et de Réunionnais compétents et responsables (pour La Réunion ou pour tout autre pays du monde) ; sur la politique financière de ces objectifs ; sur une politique de recherche dans le même esprit. Ces cinq références sectorielles engloberont l'ensemble des activités du pays et seraient coiffées par les trois références suivantes transversales : l'éthique, l'écologie, le bonheur du peuple.

Cette base et ces références que nous aurons définies nous-mêmes, et à condition que nous soyons tous d'accord, nous permettront de conduire nos affaires, de gérer nos différends, de faire ensemble. Si nous n'arrivons pas à cet accord, nous serons croqués par des arbitres supérieurs qui, par ailleurs, responsables de notre sort, continueront de nous laisser enfermés dans l'isolement de la dépendance et de l'assistance, de l'inexistence et de l'irresponsabilité. C'est maintenant que nous sommes dans un enfermement qui nous isole (nous – et nous seulement - n'avons même plus le droit d'appeler la France par son beau nom !). Le statut politique est et n'est qu'une partie de l'ensemble.

Nous faisons appel à la classe politique pour qu'elle ne mette pas l'autonomie dans les prochains enjeux électoraux, pour ne pas réveiller les passions et les peurs qui nous divisent, qui disloquent notre peuple. Nous proposons que les majorités des assemblées, élargies aux oppositions et aux parlementaires, s'empressent, de créer la conférence politique territoriale, pour apporter à la Conférence des mille et aux états-généraux réunionnais les soutiens logistiques, matériels et la participation des politiques à titre personnel, au titre de Réunionnais. C'est dans ce cadre que les Réunionnaises et les Réunionnais de la classe politique, comme tous les autres Réunionnais, participeraient à la démarche de La Réunion, dans sa totalité et sa diversité, à la recherche d'elle-même et de son unité. On comprend que cette démarche de l'unité n'est pas compatible avec les affrontements électoraux qui divisent et déchirent.

Les Réunionnais doivent comprendre, tous les Réunionnais doivent comprendre, que ce qui est proposé n'est pas seulement local. La dimension de la démarche est nationale. La démarche concerne, sans doute, notre libération ; mais elle concerne aussi, l'idée de l'unité nationale. Cette deuxième considération concerne l'ensemble de notre nation et doit retenir l'attention de ses dirigeants. Cela dépasse le domaine d'une compétition électorale locale ; mais cela ne demande pas la révision des textes fondamentaux ; seulement un changement de mentalité et de comportement, avec quelques aménagements organiques, peut-être, nécessaires.

Paul HOARAU